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This essay is written about the significance of associating (or avoiding the association of) one's past with one's present when one has experienced traumatic events. More specifically, it's about Charlotte Delbo's attempt to distance herself from her memories of World War II concentration camps at the same time that she attemps to allow her readers to experience her past. This is tricky and complex, but she pulls it off with style.

Aucun de nous ne reviendra (None of us will return) is the first book of the trilogy Auschwitz et après, published by Les Éditions de Minuit in Paris, and was written in 1970.


Aucun de nous ne reviendra par Delbo : la collectivité vs. l’individualité dans l’écriture
None of us will return, by Charlotte Delbo: the collective subject vs. individualism in writing

written and translated by kaytay

Aucun de nous ne reviendra est un livre où la présence d’un sujet collectif est évidente. Tout d’abord, on note l'utilisation de « nous » au lieu de « je » dans presque toutes les références aux prisonnières quoique ce livre ait été écrit par une seule femme. Mais, si on regarde les phrases avec plus d’attention, il y a plusieurs modèles qui deviennent apparents. Notamment, le temps du verbe en rapport avec le sujet de la phrase indique l’attitude de l’auteur (et des autres prisonniers du camp) vers le futur et le passé, qui change selon le sujet. Également, on peut imaginer que la raison de cette élaboration d’un sujet collectif de Delbo est à cause du fait que si les femmes avaient essayé de s'identifier comme individus aux camps, elles n'auraient pas survécu.

None of us will return is a book in which the presence of the collective subject is evident. Right away, one notes to use of "we" instead of "I" in almost all references to the prisoners, even though the book was written by an individual woman. But, if one looks at the sentences with more attention, there are many patterns that become apparent. Notably, the verb tense in relation to the subject of each sentence indicated the author's (and the other prisoners of the camp) attitude towards the future and the past, which changes according to the subject. Equally, one can imagine that the reason behind this elaboration on the collective subject is due to the fact that if these women had tried to identify themselves as individuals in the camps, they would not have survived.
Le trauma mental de devoir massacrer les êtres humains était trop difficile même pour les nazis, ainsi ils ont fait tout ce qu'était en leur pouvoir pour transformer les prisonniers en animaux, ou quelque choses de moins qu'humain. Donc un camp de concentration était un monde organisé pour démoraliser les prisonniers et les conduire à leur propre déshumanisation. Afin d'éviter de souffrir la perte de leur humanité, il a fallu qu'elles pensent comme un groupe. Cette nécessité est plus évidente quand Delbo écrit, « … nous avons perdu tous les sens de la vie. Aucune ne dit : « J’ai faim. J’ai soif. J’ai froid. » Transportées d’un autre monde, nous sommes d’un coup soumises à la respiration d’une autre vie, à la mort vivante… » (55). Personne ne parle d’elle-même et ses besoins, parce qu’elles ne sont pas dans le monde normal où elles peuvent agir d’une manière individuelle. Dans les camps, les individus (mais pas les groupes) ont été transformés en animaux par les nazis.

The mental trauma resulting from being forced to massacre human beings was too difficult, even for the Nazis, so they did everything they possibly could in order to transform the prisoners of concentration and extermination camps into animals, or something less than human. Thus, the camps were a world organized to de-moralize its prisoners and drive each person to his or her own dehumanization. In order to avoid suffering from the loss of their humanity, it was necessary for the women with whom Delbo was imprisioned to think as a group. This necessity becomes more evident when Delbo writes "...we had lost all the senses of life. No one said 'I'm hungry. I'm thirsty. I'm cold.' Transfered to another world, we were all of a sudden submitted to the breathing of another world, to the living dead..." (55). No one spoke of herself and her needs, because they were not in the normal world where they were allowed to act in an individual manner. In the camps, the individuals (but not the groups) were transformed into animals by the Nazis.
Mais Delbo écrit des scènes où elle agit comme un animal. Par exemple, dans « La Soif » (114-123), elle parle de l’instinct le plus fondamental de toutes les choses vivantes, même les êtres humains. Elle a soif, et elle ne pense à rien que ce besoin. Elle veut « [s']agenouiller près de la bassine [de la tisane savonneuse] et d’y boire à la manière d’un chien » (116). Quand elle pense à l’eau, elle est « prête à bondir comme un animal » (117). De plus, quand elle voit la petite femme qui a le même besoin qu’elle, Delbo boit l’eau elle-même et elle ne partage rien avec l’autre prisonnière. En fait, elle dit qu’aussi bien cette autre femme va mourir, donc pourquoi partager ? Elle reste insensible. La soif la rend incapable de solidarité, parce qu’elle a perdu la capacité de sentir l’empathie ou la pitié pour les autres. C’est là que se trouve la différence entre l’homme et la bête ; l’humanité est definie par les émotions et l’altruisme, et quand on perd ces choses, on n’est plus humain.

But Delbo wrote about scenes where she acted like an animal. For example, in "The Thirst", she writes about one of the most fundamental and basic needs of all living things, even human beings. She is thirsty and she can think of nothing else. She wants to "...kneel next to the basin [of soapy herbal tea] and drink from it in the same manner as a dog" (116). When she thinks of water, she is "...ready to bound like an animal" (117). What's more, when she sees the tiny woman who has the same need as her, Delbo nonetheless drinks the water she managed to obtain herself and does not share any with the other prisoner. In fact, she says that the other prisoner will die soon anyway, so what is the use of sharing? She remains insensitive. Thirst renders her incapable of solidarity, because she has lost the ability to feel empathy or pity for others. Herein lies the difference between man and beast: humanity is defined by emotions and altruism, and when one loses these things, one is no longer human.
À la différence de la plupart du livre, dans cette partie Delbo utilise le sujet individuel, « je », au lieu de celui du collectif, « nous. » Elle exprime le désespoir, la confusion, et il est évident qu’elle est en danger de perdre son humanité si elle continue à penser et s’agir comme un individu. Vers la fin de « La Soif, » ses amies s’occupent d’elle malgré le fait qu’elles n’ont pas assez de tisane pour elles-mêmes. Elles l’aident parce qu’elles veulent lutter pour la vie, celle de Delbo de même que la leur. Selon une rescapée d’un camp,
Different from most of the book, in this part Delbo uses the individual subject "I" instead of that of the collective, "we." She expresses her hopelessness, confusion, and it is evident that she is in danger of losing her humanity is she continues to think and behave as an individual. Towards the end of "The Thirst", her friends take care of her despite the fact that they do not have enough tea even for themselves. They help her because they want to fight for life, that of Delbo as well as their own. According to one survivor of a camp,
Les femmes, n’ont pas pu, comme les hommes de certains camps, s’armer et préparer leur libération ...Leur lutte a été en priorité celle de la vie, de la survie, du maintien de leur dignité de femmes face à un ennemi dont la volonté était de la dégrader. La solidarité était d’abord vécue dans de petits groupes d’affinités (Marie-Jo Chombart de Lauwe).
The women could not, like the men of certain camps, arm themselves and prepare for their liberation... Their priority was the fight for life, to survive, to maintain their dignity when faced with an enemy who wished nothing more than to degrade them. Solidarity lived in small groups of women prisoners (de Lauwe).
Sauf « La Soif » et quelques autres parties, la grande majorité du livre utilise le sujet collectif quoiqu’il ait été logique si Delbo employait « je » au lieu de « nous » dans presque tous les cas, puisqu'elle est l'auteur et les expériences qu'elle décrit sont les siennes. Mais afin de maintenir l'atmosphère de l’époque du camp, elle emploie le sujet collectif pour mieux illustrer la différence entre le passé et le présent.

Except for "The Thirst" and a few other parts, the vast majority of the book uses the collective subject even though it would have been logical if Delbo had decided to use "I" instead of "we" in almost all cases, since she is the author and the experiences which she describes are her own. But in order to maintain the atmosphere of the time of the camp, she uses the collective subject to better illustrate the difference between the past and the present.
La différence entre le temps du verbe (le passé composé, l’imparfait et le plus-que-parfait ou le présent) par rapport au sujet (« je » ou « nous ») n'était pas évidente la première fois que j'ai lu le livre. Mais après que l'avoir relu beaucoup plus soigneusement tandis que je recherchais des citations, la différence est devenue plus claire. J’ai remarqué que pour la plupart, quand Delbo parle de la collectivité (« nous ») du camp, elle parle comme si elle était encore là, donc elle utilise les verbes du présent. Mais quand elle parle d’elle-même comme « je » au camp, elle passe souvent aux verbes du passé.

The difference between the verb tense (past tense, imperfect, plus-que-parfait or the present) in relation to the subject ("I" or "we") was not evident the first time I read the book. But after I re-read it much more carefully while searching for quotes, the difference became more clear. I noticed that for the most part, when Delbo speaks of the collectivity ("we") of the camp, she speaks as if she was still there, so she uses verbs in the present tense. But shen she speaks of herself as "I" in the camps, she often switches to verbs in the past tense.
Par exemple, elle dit, « Nous, par le carreau, nous pouvons voir. Nous ne tournons jamais la tête de ce côté » (29). Elle parle comme si elles était assise à côté de la fenêtre maintenant, comme si elles pouvait voir le camp au moment de l’écriture. Même le titre ; il est écrit au futur quoique l’époque du retour ait déjà passé. Cependant, cette collectivité au présent permet au lecteur d’éprouver les événements pendant qu'ils ont lieu, elle rend les scènes plus vives, et elle tient compte d'une plus grande compréhension. Naturellement, les lecteurs ne peuvent jamais vraiment comprendre ces expériences sans les avoir vraiment éprouvées eux-mêmes, mais l’utilisation de « nous » en même temps que l’utilisation du présent aide à diminuer la distance entre le lecteur et l'auteur.
For example, she says "We, by the window, we could see. We never turned our heads to the side" (29). She speaks as if she was still seated next to the window now, as if she could see the camp at the moment of her writing. Even the title; it is written in the future tense, even though the time of return has already passed. However, this collectivity in the present tense allows the reader to experience the events while they are relied, she makes the scenes come alive, and she allows for a deeper understanding. Naturally, the readers can never truly understand these experiences without having actually experienced them themselves, but the use of "we" at the same time as the use of the present tense helps to diminish the distance between reader and author.
Mais quand Delbo parle d’elle-même à l’époque du camp, elle utilise le passé. Par exemple, elle dit « j’avais couru sans sentir les coups de bâton, de ceinturon qui m’assommaient. Et puis j’avais eu envie de rire » (64). L’utilisation du plus-que-parfait au lieu du présent créer une distance entre le passé et le présent de « je. »
But when Delbo speaks of herself during the time of the camp, she uses the past tense. For example, she says "I had been running without feeling the club, the belt which assaulted me. And then I had the desire to laugh" (64). The use of the plus-que-parfait instead of the present tense creates a distance between the past and the present of "I."
Quelle est la signification de cette différence ? Elle a encore besoin de maintenir son humanité dans ses souvenirs, dans sa mémoire. Si elle emploie le passé composé ou l’imparfait dans ce livre, le lecteur ne peut pas du tout établir un rapport avec Delbo. Mais parce que ses souvenirs sont si forts même aujourd’hui, si elle emploie le présent dans le livre, elle ne peut pas associer son individualité avec le camp par crainte de perdre son humanité encore une fois. Ainsi, elle compromet par l’utilisation du présent avec le sujet collectif.
What is the significance of this difference? She still has the need to maintain her humanity in her memories, in her memory (wow that translates horribly). If she uses the past tense or the imperfect in this book, the reader cannot establish any sort of connection with Delbo. But because her memories are so strong even today, if she uses the present tense in the book, she cannot associate her individuality with the camp for fear of losing her humanity once again. So, she compromises with the use of the present tense with the collective subject.
En bref, Delbo et les femmes du camp ont créé une identité pour le groupe où elles ont lâché prise à leur individualité afin de survivre dans le système nazi. En abandonnant leur individualité, elles pouvaient maintenir leur humanité dans la solidarité. Ce n’était que la mentalité du groupe qui a empêché Delbo de mourir de sa soif folle (où son besoin individuel l'avait transformée plus ou moins en animal). Bien sûr, cette idée est très difficile à comprendre pour le lecteur qui n’a jamais éprouvé un camp de concentration comme Delbo. Donc, elle a décidé d'utiliser le sujet collectif avec le présent pour diminuer la distance entre le lecteur et les événements du camp. Mais en même temps, elle a besoin de protéger sa mémoire contre le passé, donc elle crée une distance entre elle-même et le camp par l’utilisation du passé avec le sujet individuel. Par la manipulation du temps du verbe, Delbo peut éviter de tomber dans ses mémoires pendant qu'elle permet au lecteur de mieux comprendre ce qu'elle a éprouvé.
In brief, Delbo and the women of the camp created an identity for the group where they let go of their individuality in order to survive under the Nazi system. By abandoning their individuality, they could maintain their humanity in solidarity. It was nothing other than the group mentality that prevented Delbo from dying from her insane thirst (where her individual need transformed her into an animal). Of course, this idea is very difficult to understand for the reader who has never experienced a camp like Delbo. Thus, she decided to use the collective subject with the present tense to diminish the distance between reader and author and the events of the camp. But at the same time, she needs to protect her memory against the past, and thus she creates a distance between herself and the camp by using the past tense with the individual subject. With the manipulation of verb tenses, Delbo can avoid falling into her memories while she still permits the reader to better understand that which she experienced.